Yoga et Shiatsu

yoga-shiatsuAlors que le yoga jouit d’une grande popularité en occident, la plupart des gens ignorent que cette pratique n’est pas sans danger. Mon expérience de praticien de shiatsu est que de nombreuses personnes ont des douleurs suite à la pratique du yoga, généralement au bas du dos et à l’épaule, et plus rarement dans d’autres endroits du corps également. Voyons comment il est possible d’aider ces personnes grâce au shiatsu.

Par Ivan Bel

Pendant des années, je ne me suis intéressé au yoga que de très loin, en voyant ma famille et mes amis s’y mettre petit à petit. J’ai toujours préféré les arts martiaux au yoga, même si aujourd’hui je vois parfaitement les différences en termes d’impacts sur l’organisme. Ce n’est que dans ma pratique du shiatsu que j’ai commencé à m’intéresser de plus près aux pratiquants de yoga. Il apparaît que les gens souples n’ont pas de problèmes avec cette discipline, puisqu’ils sont déjà souples, mais c’est une toute autre histoire avec les gens raides.

De nombreuses formes de yoga

Il faut tout d’abord savoir qu’il y a yoga et yoga. Tout dépend d’abord et avant tout de la formation des enseignants. Ceux qui suivent les méthodes américaines sont professeurs en 6 semaines intensives seulement. Ces formations sont bien trop courtes et largement insuffisantes en termes d’anatomie, de pédagogie et de connaissance de soi. La formation préconisée en Belgique par l’ABEPY est de quatre années, ce qui semble déjà beaucoup plus sérieux, laissant le temps aux étudiants d’approfondir leur technique. De plus, nombre d’entre eux s’en vont en Inde pour des stages plus ou moins longs, sachant que le plus court est de 250h pour le niveau 1 d’enseignant, puis d’au moins 300h pour le niveau 2 et enfin de 500h pour le niveau 3.

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Il existe plein de styles de yoga. J’ai eu l’occasion de parler avec de nombreux enseignants indiens, indonésiens et européens et d’en apprendre bien plus sur ce formidable art du corps. Tout d’abord, il faut savoir que la forme première de yoga consiste essentiellement en des exercices de respirations. Les postures apparaissent beaucoup plus tard et connaissent un essor particulier à partir de l’invasion de l’Inde par les Anglais. Depuis, une foule de styles se sont créés, preuve de la vitalité du yoga. Parmi les plus connus, l’hatha yoga qui est lent, l’ashtanga yoga qui est rapide, le vinyassa qui se situe entre les deux. Le yoga japonais est connu pour ses exercices d’étirements, le yoga du Cachemire pour ses méditations en mouvement, le bikram yoga pour se faire dans des salles surchauffées, etc.

Des blessures bien particulières

De mon expérience de praticien, les blessures proviennent essentiellement de l’ashtanga et du bikram. Dans un style rapide, le pratiquant qui est raide à la base ne peut pas suivre le rythme et laisser ses muscles et ses articulations s’adapter à chaque position. C’est ce type de personne qui vient souvent consulter en shiatsu pour des douleurs musculaires, des blocages et parfois des élongations avec inflammation des tissus. Dans le cas du bikram, le fait de chauffer une salle à 40,6° et 40% d’humidité ne fait pas du bien ni au cœur ni aux poumons. Mais une pièce brûlante ne signifie pas que les muscles sont échauffés pour autant. Le fait de se croire assoupli par la chaleur n’est souvent qu’une illusion, car il faut un certain temps avant que la chaleur ramollisse les tissus. Les blessures sont donc souvent musculaires, car le pratiquant ne ressent pas les surtensions articulaires (tendons et ligaments) sur le moment, sans parler de troubles plus méconnus, comme ceux que la chaleur humide fait peser sur les poumons et le cœur. Ces troubles sont bien connus en shiatsu grâce aux tableaux pathologiques de la médecine chinoise.

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Par ailleurs, le manque de formation de certains enseignants représente un sérieux problème pour bien des pratiquants. La croyance est que le corps va s’assouplir à force de travailler les postures. C’est méconnaître l’anatomie humaine. Nous ne sommes pas tous égaux dans notre architecture osseuse et pour ouvrir des hanches et faire un grand écart par exemple, il faut que le trochanter s’imbrique dans une hanche ouverte. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde, car une partie de la population à des hanches qui se referment sur le trochanter et empêche l’assouplissement voulu. Insister sur une position ou pire, pousser pour l’obtenir, est une incompétence qui peut coûter cher.

Enfin, certaines positions pour le dos ou la nuque sont contre nature. C’est pourquoi il faut aussi avoir une solide musculature avant de se lancer dans une position tête en bas par yoga pour exemple, ou une torsion du dos. La simple posture en cobra peut coincer les lombaires et pincer le nerf sciatique de manière fort douloureuse. C’est ainsi qu’en shiatsu nous retrouvons les pratiquants qui ont des problèmes de bas du dos, douleurs articulaires ou tassement des cervicales.

Le shiatsu pour aller plus loin en yoga

À force de côtoyer ces blessures, j’ai commencé à travailler avec des professeurs de yoga. Ils étaient très intéressés de découvrir qu’il existe d’autres moyens de gagner en souplesse sans forcer, notamment grâce à des exercices en contre-résistance. J’ai aussi pu former de jeunes enseignants en leur montrant que chaque posture étire tel ou tel méridien. En massant le trajet du méridien, il est possible de gagner en souplesse et on allonge le corps. On peut même étier et masser un yogi dans sa posture en insistant sur les méridiens qui ressortent le plus. C’est le travail très spécifique que propose maître Ohashi notamment.

Enfin et pour compléter, un travail sur le ventre permet, une fois qu’on connaît les méridiens, de débloquer le reste du corps. Par exemple, en travaillant le hara et notamment l’intestin grêle on aide grandement à soulager les douleurs et blocages de l’omoplate. Si on ne connaît pas les trajets des méridiens, cet exercice est en effet impossible à comprendre ou même à imaginer.

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(exemple d’étirement du méridien Gros Intestin en shiatsu)etirement-gros-intestin-yoga

(exemple d’étirement du méridien Gros Intestin dans une posture de yoga)

J’ai eu la chance de travailler en particulier avec une apprentie professeur d’Ashtanga yoga. Cette jeune femme était déjà particulièrement souple, mais dans deux mouvements précis, elle n’arrivait pas à obtenir la posture demandée et sentait que son corps était bloqué, l’empêchant de réussir. Pour le premier blocage dans l’aine, il s’agissait d’un blocage intestinal et d’un travail profond dans le psoas. Le second blocage était situé sur la bande latérale externe de la cuisse droite, là où se trouve le tenseur du fascia latéral. Il n’y a pas ou peu de muscles à cet endroit. Un travail énergétique sur le méridien de la Vésicule biliaire lui permit de relâcher les tensions inconscientes qui se logeaient là. À sa grande surprise, le corps accepta en quelques séances de s’adapter aux postures voulues, sans plus de douleurs.

Je recommande vivement aux étudiants de yoga, aux enseignants et même aux gérants des clubs, de régulièrement faire appel aux services d’un spécialiste en shiatsu. C’est l’occasion de croiser des cultures et des techniques, mais surtout d’obtenir des résultats là où généralement ça bloque. De plus, la force du shiatsu est de pouvoir travailler aussi bien sur la psyché, les émotions que le corps mécanique et physiologique lui-même, sans avoir besoin de recourir au langage. C’est-à-dire, un peu comme le yoga somme toute…

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